Après ces incrustations "chirurgicales", j’ai pris grand plaisir à tendre les volumes, à affiner amoureusement les courbes de mon buste.
Puis, j’ai pratiqué des impressions avec des dentelles diverses, des tissus grossiers.
J’ai tracé dessus des « chemins de sable » de couleurs différentes que j’incrustais délicatement dans la terre en la martelant doucement avec un outil de bois, ignorant totalement ce que ça donnerait à la cuisson, car je ne l’avais encore jamais fait.
Pour terminer, j’ai peint avec des engobes colorées turquoise et rouille d’autres « chemins ».
J’avais dans la tête les merveilleuses photos de Hans Silvester consacrées à la tribu des Omos :
Et sans du tout les copier, j’étais imprégnée de cet esprit de beauté de la nature.
Mais quelque chose me chiffonnait encore : c’était cet aspect « moignon » donné par la coupe brutale des membres et du cou, comme tranchés à la hache. Alors, j’ai eu l’idée de rajouter quelques boulettes irrégulières qui donnaient une impression d’effritement, comme si la terre se délitait aux extrémités. J’y ai fait couler des engobes turquoise qui augmentaient le brouillage des formes.
Et lorsque toutes ces opérations décoratives ont été terminées, après quelques jours d’attente sans protection, pour que la terre se raffermisse bien mais sans être dure, est venu le moment décisif du découpage de la statue en morceaux. C’était angoissant, mais j’étais aussi très excitée par l’importance de cette phase apparemment destructrice, mais soigneusement préparée par le traçage des lignes de découpe sur le corps de ma statue.
Ce découpage était rendu obligatoire, je vous le rappelle, par la taille insuffisante de mon four à céramique pour cuire une grosse pièce, mais aussi pour l'effet recherché, dans l'optique de créer une "statue puzzle".
Et après une longue séance de travail, ma statue a été entièrement découpée en une grosse vingtaine de morceaux, dont on voit ci-dessous une petite moitié.
A suivre...